Innovations digitales en EHPAD : ces 13 startups qui font bouger les lignes

Toutes les innovations numériques ne se valent pas. Si vous êtes régulièrement sollicité par des entreprises qui cherchent à vous vendre leur produit, pour le bien-être de vos résidents, vous en savez quelque chose !

Lisez notre guide des 13 innovations digitales qui rendent vraiment service à vos résidents pour séparer le bon grain de l’ivraie !

La santé avant tout

Les pathologies chroniques sont la cause de près de 90% des décès après 70 ans. Elles sont aussi responsables de 89 % des pertes d’autonomie.

Or, selon une étude réalisée aux États Unis en 2009, 70 à 80% de ces maladies pourraient être évitées ou retardées en adoptant un mode de vie plus sain. Des outils numériques existent pour suivre son état de santé, mesurer l’impact des actions préventives et anticiper la survenue des maladies :

● Certains interviennent très en amont, comme Humanity qui propose d’analyser les données récoltées par vos objets connectés pour analyser la vitesse du vieillissement dans quatre domaines : activité physique, nutrition, cognition et repos.

● Des outils se concentrent sur la prévention de certaines affections, en particulier des maladies chroniques comme le diabète de type 2 ou une maladie coronarienne. C’est le cas du projet eLive ecosystem, une innovation en cours de développement.

● D’autres participent d’un suivi de long terme une fois le diagnostic posé, comme Albert Health qui aide les personnes atteintes d’une maladie chronique.

● Quelques outils mettent à profit le numérique pour répondre à des problèmes de santé précis : verres connectés pour éviter la déshydratation, suivi des prises médicamenteuses, suivi de la prise hydrique pour les personnes incontinentes, etc.

● Finalement, certains outils sont dédiés aux établissements, comme Gillie.AI qui met l’intelligence artificielle au service des professionnels pour anticiper les changements dans l’état de santé des personnes accueillies.

Sécurité

Parce qu’elles sont plus souvent victimes d’isolement et moins à l’aise avec le numérique, les personnes âgées sont plus vulnérables aux accidents et aux intrusions à leur domicile. En établissement, vous pouvez éprouver des difficultés pour suivre attentivement l’ensemble des personnes hébergées.

Or les accidents, même mineurs, ont souvent des conséquences dramatiques pour la santé des victimes. Les chutes en particulier sont à l’origine de plus de 9300 décès par an, en France. Elles ont des conséquences physiques, psychologiques et sociales qui dégradent considérablement la qualité de vie des individus.

Des outils pour rassurer la personne âgée, ses proches, ou alerter les personnels soignants existent depuis longtemps, mais de nouvelles innovations apparaissent régulièrement dans ce domaine.

Si les dispositifs de téléassistance existent depuis les années 1970, certaines entreprises tentent d’aller plus loin en construisant des solutions intégrées. La plateforme de prévention et de gestion des situations à risques de Cocoon Care propose de consolider et d’analyser les informations rassemblées par des objets connectés. La plateforme traite déjà un premier enjeu de santé, avec l’association à un capteur qui détecte les chutes, les immobilisations prolongées et l’activité, sans utiliser ni caméra, ni objet à porter. Il devient ainsi plus simple de repérer rapidement les situations critiques dans les établissements de santé et d’optimiser la disponibilité des équipes aidantes.

Enfin, d’autres objets connectés offrent une sécurité plus situationnelle. Une jeune société française, Studio Twins, développe une thérapie non médicamenteuse destinée aux personnes souffrant de troubles du comportement. Ce programme s’organise autour d’un plaid connecté appelé Maase. Conçu par des thérapeutes, avec des textures et des couleurs rassurantes, il s’adapte aux réactions de son utilisateur avec un jeu de sons et de lumières apaisants.

Stimulation cognitive et physique pour plus de bien-être

Le terme “stimulation cognitive” désigne la pratique régulière d’exercices qui mobilisent des fonctions spécifiques de notre cerveau (mémoire de court ou long terme, logique, repérage dans l’espace, attention, etc.). Cette stimulation s’inscrit dans la lignée de l’hypothèse “Use it or lose it”, qui affirme que le déclin cognitif dépendrait de la fréquence à laquelle on mobilise notre cerveau. Selon une revue de la littérature publiée en 2012, la stimulation cognitive aurait des effets positifs sur le bien-être perçu par les bénéficiaires et sur leur qualité de vie.

De nombreux entrepreneurs proposent des outils de stimulation cognitive performants et accessibles. Vous en trouverez dans tous les formats, depuis le simple support pour des exercices jusqu’à des programmes intégrés, parfois appuyés par une intelligence artificielle qui adapte ses programmes en fonction des progrès de l’utilisateur.

Des applications simples comme Dynseo fournissent des supports intéressants pour des exercices réguliers. Ces programmes sont à utiliser de préférence par des professionnels pour interpréter au mieux les résultats et adapter les exercices en fonction de la personne.

D’autres entreprises vont plus loin dans la recherche appliquée. Ainsi, la société Aixoise Exostim propose un programme développé en partenariat avec le laboratoire de Neurosciences Sensorielles et Cognitives (LNSC) du CNRS (Université Aix-Marseille).

Mais la stimulation cognitive, ce n’est pas seulement de la gym pour le cerveau.

Des études ont montré que les interactions stimulent à leur façon notre cerveau1.

Les robots de compagnie fleurissent à présent, et si leur efficacité reste à prouver (la vallée de l’étrange n’est jamais loin), il est probable que des intelligences artificielles pourront servir de compagnons pour les personnes isolées dans les années à venir.

Par exemple, la firme israélienne Intuition Robotics développe un compagnon digital appelé ElliQ destiné exclusivement aux seniors.

La phase d’expérimentation a aidé Intuition Robotics à comprendre comment développer une relation de confiance et apprendre en permanence les caractéristiques comportementales spécifiques (et changeantes), les habitudes et les préférences des personnes âgées participant à l’expérience.

Les résultats sont impressionnants : 90 % des utilisateurs s’engagent avec ElliQ tous les jours, sans détérioration de l’engagement au fil du temps. Lorsqu’elle initie de manière proactive des interactions conversationnelles approfondies avec ses utilisateurs, le taux de réponse est de 70 %.

Compte tenu de ces niveaux élevés d’engagement, du fait que les utilisateurs disent fréquemment à ElliQ qu’ils ne se sentent pas bien, physiquement et/ou mentalement, qu’ils posent des questions sur la santé et demandent de l’aide, il est devenu évident pour Intuition Robotics que leur machine empathique pourrait passer avec succès de l’amélioration du bien-être général à un soutien plus direct des soins de santé à domicile.

Innovations digitales et lien social : deux notions incompatibles ?

Bien sûr que non ! Plusieurs startups innovent pour renforcer les relations sociales des séniors et stimuler leurs interactions avec leurs proches.

Les bénéfices des interactions sociales ne sont plus à prouver : de nombreux travaux de recherche ont démontré qu’elles améliorent l’espérance de vie en bonne santé, retardent la perte d’autonomie et l’entrée en institution.

Malheureusement, à mesure que l’on vieillit, les occasions de rencontrer d’autres personnes peuvent se raréfier. On quitte le monde du travail, un centre de sociabilité important. La famille ou le milieu associatif comblent pour certains le temps rendu disponible par la retraite, mais ces réseaux reposent sur une démarche plus volontariste que tout le monde n’est pas prêt à fournir. Plus tard, les déplacements deviennent plus difficiles et les repas en famille ou entre amis s’espacent un peu plus. Les premiers décès surviennent dans l’entourage et pèsent sur le moral.

La technologie pallie en partie les difficultés éprouvées qui sont à l’origine de la diminution des interactions sociales.

La startup Bordelaise Sunday s’est développée sur ce créneau. Elle conçoit et distribue une box qui se branche sur le téléviseur d’un senior et lui permet d’interagir avec les photographies partagées par ses petits-enfants via leur smartphone.

Initialement développée pour les Ehpad et les services hospitaliers, Sunday est aussi distribuée chez Boulanger et Darty. En signant un accord de distribution avec des acteurs majeurs du retail, l’équipe bordelaise a résolu le principal problème des startup agetech : l’accès au mass market.

Les souvenirs, anciens et nouveaux

Les souvenirs occupent une place toute particulière dans la vie des personnes

âgées et certaines startups l’ont bien compris. L’avancée en âge est systématiquement associée à une perte de souvenirs et à une dégradation de la capacité à en former de nouveaux. Lorsque l’on vieillit, les souvenirs, anciens comme nouveaux, deviennent précieux. Les maladies neurodégénératives accélèrent encore le processus, jusqu’au cas extrême de la démence.

Le numérique constitue un formidable support à partir duquel une personne âgée peut plus facilement réactiver des souvenirs. Les cadres photos connectés rendent accessibles les photos de famille comme celui proposé par Familink accordent un accès simplifié aux photos transmises par la famille. Ces cadres conservent leur familiarité grâce à un format proche des cadres photos traditionnels.

Pour les amoureux du papier, des entreprises ont conçu des outils numériques pour faciliter la réalisation et l’impression d’albums photos. C’est le cas de Famileo qui propose un album au format original : un journal de famille, construit comme un quotidien de presse. Une façon de rendre plus familières les photos prises par les smartphones de toute la famille.

Enfin, et parce que les souvenirs de nos aînés sont précieux pour les autres générations, des offres apparaissent pour démocratiser l’accès aux biographies.

Entoureo propose un support numérique qui facilite le recueil des témoignages, la mise en page et l’ajout de photos. L’écriture d’une biographie, ou de simples extraits de vie, permet de stimuler les souvenirs et encourage la création de liens intergénérationnels au sein d’une famille.

Communication et partage d’informations

Pour finir, de très nombreux outils ont été conçus à destination de ceux qui accompagnent les personnes âgées, proches ou professionnels. Les difficultés d’organisation des aidants, la complexité des traitements et des interventions sont des réalités bien connues qui n’ont pourtant jamais trouvé de réponse satisfaisante.

Aujourd’hui des produits variés s’appuient sur le numérique pour offrir des solutions. Le principe est toujours le même : rassembler en un support un emploi du temps pour suivre les heures de passage, un système de communication pour transmettre des informations et un suivi des traitements. Les outils sont conçus pour l’accompagnement à domicile et/ou en établissement. Ils intègrent parfois d’autres fonctionnalités, c’est le cas notamment de Cubigo, dédié aux établissements.

En France, le logiciel Familizz propose une variante intéressante qui, au-delà des attributs purement fonctionnels, intègre aussi des aspects plus agréables et familiers pour les usagers : albums photos, cartes postales, fil d’actualité, etc.

L’accent est ici mis sur la relation entre les soignants, les familles et la ou le bénéficiaire.

Conclusion

Construire cet inventaire des innovations digitales nous a confortés dans la conviction que l’offre actuelle est bien loin de répondre aux attentes du marché.

Constitué d’outils divers et variés qui ne sont ni complémentaires, ni conçus pour interagir entre eux, ils obligent le consommateur à se créer son bouquet de services en espérant faire les bons choix.

Puisque nous avons du mal à anticiper les problèmes, l’équipement en objets technologiques du bien vieillir intervient soit trop tard, après un premier accident, soit fortuitement, sur recommandation de la famille et selon des motivations qui ne sont pas toujours celles du bénéficiaire.

Si nous voulons vraiment préparer la société de la longévité, nous devons construire des systèmes complets, non intrusifs et universels. Sortir du bac à sable et entrer dans la cour des grands.

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